Unorthodox : identité de genre, communautarisme religieux, relations interculturelles et transculturation esthétique

Réflexions de Jorge Enrique GONZALEZ, professeur au département de Sociologie de l’Université nationale de Colombie et chercheur affilié au LABRRI

À mon avis, il s’agit plutôt d’un film sur l’identité de genre, en l’occurrence l’identité féminine de quelqu’un qui appartient à une communauté religieuse ultra-orthodoxe. Le personnage principal a toujours revendiqué sa diversité face à l’identité féminine de sa communauté et tente de trouver sa propre identité. Du point de vue de l’analyse culturelle, je trouve que nous avons un cas de communautarisme culturel, soutenu par des croyances religieuses.  

Avec ces éléments, se forme une communauté de sens qui impose un modèle culturel communautariste, dans lequel les différences entre l’appartenance à la communauté et le fait d’y être étranger sont très strictement définies (in/out).

Le modèle culturel hégémonique de cette communauté définit des traditions très marquées qui régissent leur Monde de la vie quotidienne dans les trois principaux aspects qui composent tout modèle culturel : la sphère instrumentale, en ce qui concerne la manière de résoudre la grande quantité de détails de la vie quotidienne en termes d’adaptation des moyens aux fins ; la sphère esthétique, qui se manifeste dans les symboles architecturaux des maisons, les symboles qui sont caractéristiques des vêtements masculins et féminins, les symboles qui sont inscrits sur le corps (les cheveux, chez les hommes et les femmes, par exemple), les symboles des rituels religieux, etc.

Jusqu’à présent, j’ai surtout fait référence à la dimension multiculturelle dans son expression communautaire.  Je trouve un exemple très intéressant de relations interculturelles dans la communauté des jeunes musiciens qui font partie du programme de bourses pour former l’Orchestre philharmonique de Berlin.

On y trouve des jeunes qui viennent de différentes parties du monde (Nigeria, Israël, entre autres) et de par leur condition multiculturelle, ils trouvent dans la musique une langue commune pour former une communauté interculturelle, dans ce cas, d’un point de vue esthétique. 

Dans ce cas, il s’agirait de processus de transculturation esthétique, spécifiquement musicale, dans lesquels la formation d’un ensemble (que ce soit un duo, un groupe ou un orchestre), doit réaliser ce que Richard Sennet (Together. Rituals, pleasures and politics of cooperation, 2012) appelle des conversations dialogiques, dans lesquelles les interprètes d’un instrument mettent leur capacité interprétative au service d’une mélodie.

La transculturation en musique a des antécédents lointains dans les dialogues entre deux ou plusieurs personnages, à tel point que Fernando Ortíz a intitulé son œuvre principale dans laquelle il développe le concept de transculturation “Contrepoint cubain du tabac et du sucre”.  Ortiz fait explicitement référence au fait qu’il a pris l’idée du contrepoint du genre musical de la guajira montuna et de la currería afro-cubain, c’est-à-dire que son inspiration à lui a été la transculturation en musique.

En résumé, cette série télévisée est une proposition cinématographique intéressante concernant :

— la construction culturelle de l’identité de genre
— les caractéristiques du communautarisme religieux et culturel
— les différences avec les diverses communautés culturelles
— la construction d’expériences interculturelles, dans ce cas à partir d’une pratique esthétique comme la musique.

Deux remarques pour terminer. La référence aux Mondes de la vie quotidienne de la communauté ultra-orthodoxe et des “Occidentaux” modernes est évidente et est même énoncée par l’un des personnages lorsqu’il évoque la nécessité pour le personnage principal de la série de retourner dans “son monde”.

D’autre part, l’un des traits caractéristiques du communautarisme culturel d’origine religieuse est sa prétendue supériorité morale, qui est censée résider dans la préservation de ses coutumes ancestrales, par opposition à ce qu’ils considèrent comme une dégénérescence de ces coutumes dans la modernité occidentale.